Thèse OT-22300

Thèse "Activer les citoyennetés ripariennes autour des rivières en cours de restauration (SHS de l’environnement)"

Montpellier

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Présentation INRAE

L’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE) est un établissement public de recherche rassemblant une communauté de travail de 12 000 personnes, avec 272 unités de recherche, de service et expérimentales, implantées dans 18 centres sur toute la France. INRAE se positionne parmi les tout premiers leaders mondiaux en sciences agricoles et alimentaires, en sciences du végétal et de l’animal. Ses recherches visent à construire des solutions pour des agricultures multi-performantes, une alimentation de qualité et une gestion durable des ressources et des écosystèmes.

Environnement de travail, missions et activités

Description du sujet de thèse

Contexte

On assiste à l'effondrement de la biodiversité dans tous les écosystèmes, et en particulier dans les milieux aquatiques. Bien qu'étant des hotspots de biodiversité, ceux-ci se révèlent particulièrement fragiles. Leurs fonctionnalités écologiques et les services écosystémiques qu'ils fournissent sont amoindris, au point de menacer le devenir de nos sociétés (Kondolf, Pinto 2017). Pour faire face aux nombreux risques environnementaux et sociaux qui en découlent, des politiques de conservation et de restauration des milieux aquatiques ont été déployées à l'échelle des Nations-Unis, de l'Union Européenne et au sein des Etats. En Europe, c'est notamment l'objectif de la Directive Cadre sur l'Eau de 2000 qui a donné lieu à des programmes de restauration hydromorphologique et écologique. Leur objectif est de réhabiliter les rivières ont été dégradées, endommagées ou détruites par des multiples facteurs anthropiques dont les changements d'occupation des sols (par exemple, agriculture ou urbanisation), les usages intensifiés des milieux (hydroéléctricité, extraction de ressources) ou la pollution.

La politique de restauration des rivières françaises s'est construite selon une approche majoritairement hiérarchique et descendante avec l'Etat comme acteur principal qui fixe les objectifs et les modes d'action à l'échelle nationale au titre de l'intérêt général. Les Agences de l'eau ont été les principales institutions en charge de la mise en œuvre des obligations réglementaires nationales et internationales avec l'Office Français de la Biodiversité. Cette approche se distingue des projets localisés, concertés avec les acteurs locaux, qui ont émergé dans les années 1990 à l'international comme en France, notamment via les Schémas d'aménagement et de gestion des eaux.

Ces efforts de démocratisation n'ont toutefois pas empêché, dès les années 2010, l'émergence de controverses autour des projets de restauration. Celles-ci témoignent des divergences qui caractérisent les manières d'appréhender les milieux aquatiques, les paysages, le patrimoine et les usages dont ils sont le support. La complexité des enjeux et les incertitudes expliquent en partie la difficulté à mettre en place une concertation pour accompagner les projets de restauration. Les opinions et les valeurs des acteurs sociaux, ainsi que leurs attentes, sont également très diverses (Germaine, Barraud 2017). La rareté des retours d'expérience bien documentés et le degré élevé d'incertitude scientifique concernant les effets écologiques de la restauration contribuent à " nourrir" les dissensions (Dufour et al., 2017). La conséquence est que nombre de projets de restauration échouent.

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, les controverses, des plus confidentielles aux plus larges, ne devraient pourtant pas empêcher les projets de restauration. Elles pourraient même, si elles sont pensées comme des moment d'exploration collective, permettre d'articuler des points de vue contrastés (Callon, Lascoumes, Barthe, 2001). Pour espérer en tirer parti, il conviendrait alors de les expliciter en amont des projets, dans des espaces de débat appropriés où peuvent être discutés savoirs, incertitudes et attachements sans a priori. L'idée est de passer de la consultation sur des projets techniques pré-définis aux conditions expérimentales à la co-construction de nouveaux projets sociotechniques plus solides et légitimes car éprouvés collectivement - en s'inspirant, par exemple, des expérimentations de sciences participatives menées par des sociologues de l'Université de Lancaster, en Grande Bretagne, pour enrayer l'eutrophisation d'un lac (Waterton, Tsouvalis, 2015).

C'est cette approche que nous avons choisie à l'occasion du projet RESTEAU'DEBAT (Zone Atelier Bassin du Rhône, Agence de l'eau RMC et OFB 2021-2024) avec la mise en place d'une série d'ateliers thématiques non-hiérarchiques pour traiter les controverses avant qu'elles ne débordent – cf. nos pages web (https://resteaudebat.wixsite.com/2022/accueil et https://resteaudebat.wixsite.com/la-rize). Afin de favoriser le partage des savoirs et des expériences, nous avons invité des riverains à discuter de leur rivière et de ses états futurs désirés. L'idée était de mettre à plat les revendications et les désirs pour mieux les agencer et les rendre compatibles. Ces expérimentations montrent qu'une fois entendus et équipés, les riverains sont capables de passer de doléances individuelles à propos de la rivière et des risques ou nuisances qu'elle véhicule, pour l'appréhender comme un commun dont il faudrait prendre soin (de la Bellacasa 2017). Elles constituent un terreau fertile pour ensuite aborder les projets de restauration et, au-delà, refaire une place aux rivières dans la vie sociale et démocratique locale (Boelens et al., 2022).

Objectifs de la thèse et méthodologie

La thèse que nous proposons s'inscrit à la suite de la démarche avec le projet RESTEAU'DEBAT et vise à la fois :

1) l'accompagnement de la mise en œuvre et le suivi d'un projet de restauration sur deux cas d'étude qui ont bénéficié des ateliers RESTEAU'DEBAT pour la co-construction des projets ;

2) la production d'un état des lieux des démarches participatives dans la conception et l'accompagnement des projets de restauration à l'échelle nationale (France).

L'originalité de la première partie repose sur une nouvelle méthodologie interdisciplinaire combinant (i) une mise en place d'un suivi participatif de deux projets de restauration du début à la fin - permettant de définir collectivement des indicateurs du succès ou d'échec par rapport aux objectifs écologiques et sociaux initiaux ; (ii) une co-production de savoirs et de données avec les chercheur.es sur l'état de la rivière directement appropriables par les riverains car répondant à leurs questions et besoins ; et enfin (iii) un soutien à la mise en place d'une assemblée riparienne avec les acteurs publics de l'eau - pour espérer favoriser l'appropriation de la restauration et prolonger ses effets (Wantzen et al. 2017) - avec l'équipe encadrante.

La deuxième partie se base sur une enquête auprès des maîtres d'œuvres des projets de restauration des milieux aquatiques à l'échelle du territoire métropolitain. Il s'agira ainsi de préciser quelles sont les conditions de succès ou d'échec des projets de restauration par rapport selon les modes de concertation (Cottet et al., 2010). Le but est d'identifier quels sont les points de vigilance pour qu'un projet aboutisse à un succès, non seulement écologique, mais aussi social. Quels sont les avantages et les inconvénients de l'implication précoce des riverains dans toutes les étapes d'un projet de restauration de la conception des scenarii à la quantification et la description de ses effets ? Quelles méthodologies participatives permettent de réduire efficacement les asymétries pour, in fine, favoriser l'hybridation des savoirs ? Quelle place peut y jouer le sensible par rapport à d'autres registres plus intellectuels ? Comment ce type d'expérimentation peut renouveler les relations sciences et société ?

Pour répondre à ces questions, le ou la doctorant.e mobilisera des outils variés, comme les entretiens individuels et collectifs, l'animation et l’observation d’ateliers participatifs de même que l’accompagnement d’exercices de sciences participatives. Il ou elle bénéficiera de l'appui de l'équipe de chercheurs RESTEAU'DEBAT ainsi que d'un.e ingénieur.e chargé.e du développement d’outils low tech pour les suivis participatifs.

Contexte de travail

Le/la candidat.e sera accueilli.e à l'UMR G-EAU sur le site du campus Lavalette/Hydropolis  (Montpellier). La direction de cette thèse, rattachée à l'ED Gaia (Université de Montpellier), sera  assurée par Christelle Gramaglia (sociologue) en collaboration avec Maria Alp (écologue, UR RiverLy à l'INRAE de Lyon) - mais également toute l'équipe du projet RIPACTIV soit  Béatrice Maurines, Sylvie Morardet et Oldrich Navratil (financement ZABR et INRAE). Un partenariat est également prévu avec les établissements publics territoriaux de bassin concernés par les projets de restauration choisis comme terrain.

Bibliographie indicative :

-Boelens, R., Escobar, A., Bakker, K., Hommes, L., Swyngedouw, E., Hogenboom, B., ... & Wantzen, K. M. (2022). Riverhood: political ecologies of socionature commoning and translocal struggles for water justice. The Journal of Peasant Studies, 1-32

-Callon, M., Lascoumes, M., Barthe, Y. (2001). Agir dans un monde incertain. Essai sur la démocratie technique. Le Seuil.

-Cottet, M., Rivière-Honegger, A., Piegay, H. (2010). Mieux comprendre la perception des paysages de bras morts en vue d’une restauration écologique: quels sont les liens entre les qualités esthétique et écologique perçues par les acteurs ? Norois. Environnement, aménagement, société, (216), 85-103.

-De la Bellacasa, (2017). Matters of care: Speculative ethics in more than human worlds. U of Minnesota Press.

-Dufour, S., Rollet, A. J., Chapuis, M., Provansal, M., & Capanni, R. (2017). On the political roles of freshwater science in studying dam and weir removal policies: A critical physical geography approach. Water Alternatives, 10(3), 853.

-Germaine, M.A., & Barraud, R. (2017). Démanteler les barrages pour réparer les cours d’eau. Quae.

-Kondolf, G. M., & Pinto, P. J. (2017). The social connectivity of urban rivers. Geomorphology, 277, 182-196.

-Wantzen, K. M., Ballouche, A., Longuet, I., Bao, I., Bocoum, H., Cisse, L., ... & Zalewski, M. (2016). River Culture: An eco-social approach to mitigate the biological and cultural diversity crisis in riverscapes. Ecohydrology & Hydrobiology, 16(1), 7-18.

-Waterton, C., & Tsouvalis, J. (2015). On the political nature of cyanobacteria: intra-active collective politics in Loweswater, the English Lake District. Environment and Planning D: Society and Space, 33(3), 477-493.

 

Contraintes et risques

Des déplacements en France sont à prévoir pour aller sur les deux terrains / cas d'étude pressentis dans le bassin versant de l'Agence de l'eau Rhône-Corse et Méditerranée. Ceux-ci seront entièrement pris en charge. Permis de conduire B obligatoire.

Pour candidater

Veuillez adresser votre CV, une lettre de motivation argumentée qui positionne le ou la candidate par rapport au sujet et deux références (nom, responsabilité, mail et numéro de téléphone) à : christelle.gramaglia@inrae.fr et maria.alp@inrae.fr avant le 1er septembre 2024. Les candidat.e.s présélectionné.e.s seront auditionné.e.s début séptembre. Le recrutement interviendra mi-octobre ou début novembre 2024.

Formations et compétences recherchées

Master/Ingénieur (Bac+5)

- Formation initiale en sociologie ou anthropologie de l'environnement et/ou des sciences ou géographie humaine validée par un Master 2 (ou en cours de validation) ;

- Connaissance des méthodologies d’enquête qualitative (entretiens et observation) ;

- Goût pour la pluridisciplinarité, les questions sciences sociétés voire sciences et arts tant sur leurs dimensions théoriques qu’empiriques ;

-Intérêt pour les démarches participatives ;

-Expérience d’animation de collectifs (de recherche ou associatifs) ;

-Qualités rédactionnelles (français et anglais) ;

-Aisance à l'oral et relationnelle.

Votre qualité de vie à INRAE

En rejoignant INRAE, vous bénéficiez (selon le type de contrat et sa durée) :

-  jusqu'à 30 jours de congés + 15 RTT par an (pour un temps plein)
- d'un soutien à la parentalité : CESU garde d'enfants, prestations pour les loisirs ;
- de dispositifs de développement des compétences : formation, conseil en orientation professionnelle ;
- d'un accompagnement social : conseil et écoute, aides et prêts sociaux ;
- de prestations vacances et loisirs : chèque-vacances, hébergements à tarif préférentiel ;
- d'activités sportives et culturelles ;
- d'une restauration collective.

Modalités pour postuler

J'envoie mon CV et ma lettre de motivation

Les personnes accueillies à INRAE, établissement public de recherche, sont soumises à son règlement intérieur notamment en ce qui concerne l’obligation de neutralité et le respect du principe de laïcité. A ce titre, dans l’exercice de leurs fonctions, qu’elles soient ou non au contact du public, elles ne doivent pas manifester leurs convictions, par leur comportement ou leur tenue, qu’elles soient religieuses, philosophiques ou politiques.

Référence de l'offre

  • Contrat : Thèse
  • Durée : 3 ans
  • Début du contrat : 01/11/2024
  • Rémunération : La rémunération est au minimum de 2135,00 € bruts mensuels
  • N° de l'offre : OT-22300
  • Date limite : 31/08/2024

Contact

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