Postdoc OT-30426
Réponses anti-prédatrices chez les ongulés sauvages : variation inter-individuelle dans des contextes de prédation variés
24 Chemin Borde Rouge 31320 Toulouse Auzeville
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Présentation INRAE
L’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE) est un établissement public de recherche rassemblant une communauté de travail de 12 000 personnes, avec 272 unités de recherche, de service et expérimentales, implantées dans 18 centres sur toute la France. INRAE se positionne parmi les tout premiers leaders mondiaux en sciences agricoles et alimentaires, en sciences du végétal et de l’animal. Ses recherches visent à construire des solutions pour des agricultures multi-performantes, une alimentation de qualité et une gestion durable des ressources et des écosystèmes.
Environnement de travail, missions et activités
La prédation exerce l'une des pressions de sélection les plus fortes dans les systèmes naturels. Les proies ajustent leurs comportements en réponse au risque de prédation, et ces réponses anti-prédatrices peuvent façonner la fitness individuelle, la dynamique des populations, et même la structure des communautés. Chez les grands herbivores, l'humain est devenu le prédateur dominant sur une grande partie de leurs aires de distribution. Cependant, son impact sur le comportement des proies peut différer fondamentalement de celui des prédateurs naturels, en raison de différences dans les tactiques de chasse, la prévisibilité spatio-temporelle et la sélectivité. Les individus diffèrent également de façon constante dans leurs traits comportementaux (i.e. la variation inter-individuelle ou la personnalité animale), tels que l'audace ou la prise de risque. Ces différences peuvent fortement influencer la vulnérabilité à la prédation. Pourtant, on sait encore peu de choses sur la façon dont la sélectivité des prédateurs et la coexistence de plusieurs risques (par exemple prédateurs naturels et humains) affectent à la fois le niveau moyen et la variance des traits comportementaux au sein des populations de proies sauvages (Leclerc et al. 2017 ; Bonnot et al., en prép.). Le maintien d'une variation inter-individuelle du comportement a d'importantes conséquences éco-évolutives (Réale et al. 2007 ; Wolf & Weissing 2012). Par exemple, la distribution non aléatoire des phénotypes comportementaux à travers les paysages (Khazar et al. 2026) peut affecter la structure spatiale des populations, le flux de gènes, et in fine la diversité génétique. Si la sélectivité des prédateurs cible de façon disproportionnée certains types de personnalité, cela pourrait conduire à une homogénéisation comportementale et à une réduction de la résilience face aux changements environnementaux.
Dans le cadre du projet ANR AnthropoFear (« Landscapes of FEAR in Europe's Anthropocene »), ce projet postdoctoral vise à étudier le rôle du contexte de prédation dans la structuration du comportement anti-prédateur (moyenne et variance) des grands herbivores, avec le chevreuil (Capreolus capreolus) comme espèce modèle. Il combine des manipulations expérimentales, l'analyse de jeux de données à long terme, et des réseaux de recherche collaboratifs. Le projet portera principalement sur les questions suivantes
1/ Comment le contexte de prédation module-t-il la variation inter-individuelle du comportement anti-prédateur ?
Face à un stress ou une menace, les individus au sein des populations ne réagissent pas de la même manière selon leur personnalité ou leur type comportemental. Si ces types comportementaux connaissent des différences constantes de performance selon le contexte ou l'habitat, cela peut entraîner une diversité variable des types comportementaux (i.e. de la variation inter-individuelle) entre (sous-)populations. De tels changements dans la diversité des types comportementaux peuvent avoir des répercussions en cascade sur la composition des populations, leur dynamique, leur résilience, ainsi que sur les services écosystémiques et la durabilité, et donc sur les dynamiques éco-évolutives (Sanderson et al. 2023). Par exemple, si les prédateurs sélectionnent de façon disproportionnée contre certains types de personnalité, cela devrait conduire à une homogénéisation de la variation comportementale (c'est-à-dire une plus faible diversité des types comportementaux) et réduire la capacité à répondre à de futures menaces. À l'inverse, la coexistence de différentes espèces de prédateurs, avec des modes de chasse et une sélectivité des proies différents, devrait entraîner une plus grande diversité des tactiques comportementales au sein des populations.
Pour tester l'hypothèse selon laquelle les populations exposées à plusieurs prédateurs maintiennent une plus grande diversité de tactiques comportementales, nous exploiterons le jeu de données de suivi GPS à long terme géré par le réseau Eurodeer (22 populations de chevreuils à travers l'Europe). Sur la base de travaux préliminaires (Khazar et al. 2025), nous utiliserons des métriques comportementales répétables (mouvement, utilisation de l'espace, activité) pour identifier les tactiques individuelles de gestion du risque et positionner les individus le long d'un continuum timide-audacieux (shy-bold). La variance intra-population et la structure des syndromes comportementaux seront ensuite comparées entre populations confrontées à différents contextes de prédation (par exemple chasse intensive, vs loup et chasse).
2/ Comment les réponses anti-prédatrices moyennes des grands herbivores diffèrent-elles selon le contexte de prédation dominant ?
La variation spatio-temporelle des comportements anti-prédateurs, comme les niveaux de vigilance et la fuite, devrait dépendre du contexte de prédation (e.g. la méthode de chasse du prédateur ; présence d'un seul ou de plusieurs prédateurs). Par exemple, si la vigilance est un comportement anti-prédateur efficace pour échapper à un prédateur cursorial (e.g. le loup) qui poursuit généralement ses proies sur de longues distances à travers le paysage, elle est probablement moins efficace contre un prédateur à l'affût, comme le lynx, qui chasse principalement en milieu forestier. À l'aide d'un protocole d'expérimentation par diffusion sonore (playback ; voir Suraci et al. 2017, Bhardwaj et al. 2023), nous évaluerons les réponses anti-prédatrices d'ongulés sauvages proies face à divers stimuli sonores de prédateurs (humain, loup, lynx) différant par leur méthode et leur intensité de chasse. Grâce à des pièges photographiques, les réponses comportementales des ongulés à ces sons seront enregistrées en vidéo (par exemple vigilance, fuite, latence de reprise d'activité, habituation). Ce protocole a été déployé avec succès durant l'hiver 2024-2025 à la station de recherche sur la faune sauvage de Grimsö (Suède), grâce à notre collaboration de longue date avec l'université SLU. Ces données ont fait l'objet d'une première analyse dans le cadre d'un stage. La prochaine étape consiste à répliquer l'expérience sur plusieurs sites présentant des régimes de prédation contrastés, y compris sur des sites d'étude où les individus sont suivis par GPS. Dans ces cas, nous pourrons étudier l'influence d'autres caractéristiques individuelles (par exemple le type de personnalité) et de l'habituation sur les réponses anti-prédatrices observées. Le/la postdoctorant(e) sera chargé(e) de prendre la charge de la mise en œuvre du protocole expérimental. Pour cela, il/elle pourra s'appuyer sur le soutien du personnel technique du CEFS et des étudiants.
3/ Selon ses intérêts de recherche, d'autres jeux de données et questions sont également disponibles pour le/la postdoctorant(e). Par exemple, l'impact du phénotype de personnalité individuelle sur l’histoire de vie et la performance pourrait être étudié grâce à un jeu de données intensif disponible sur les paramètres démographiques du chevreuil (taux de croissance des faons, survie, phénologie de la mise bas, succès reproducteur des femelles). Des analyses préliminaires sur les ajustements comportementaux induits par la chasse, dérivées de données d'accéléromètres, ont également été réalisées récemment et méritent d'être approfondies.
Environnement de travail
La personne recrutée sera rattachée à l'unité Comportement et Écologie de la Faune Sauvage (CEFS) d'INRAE-Toulouse (France). Elle interagira étroitement avec les encadrants et collègues du CEFS (notamment Mark Hewison et Laura Gervais), et bénéficiera de notre collaboration de longue date avec des partenaires scientifiques à travers l'Europe (Francesca Cagnacci, Petter Kjellander, et bien d'autres), ainsi que d'un accès privilégié aux jeux de données du réseau Eurodeer. Le contrat postdoctoral aura une durée minimale de 18 mois, avec possibilité de prolongation selon le niveau de financement. Le salaire dépendra de l'expérience du/de la candidat(e).
Pour plus d'informations, les candidat(e)s intéressé(e)s peuvent contacter Nadège Bonnot (nadege.bonnot@inrae.fr)
Mission en France et étranger.
Formations et compétences recherchées
- Doctorat en écologie comportementale / écologie évolutive
- Expérience de recherche démontrée sur les interactions prédateur-proie, le comportement anti-prédateur des proies ou la personnalité animale
- Connaissance ou intérêt pour la démographie des populations / les paramètres d'histoire de vie
- Compétences démontrées en rédaction scientifique
- Compétences démontrées en analyse de données sous R
- Excellentes qualités de collaboration, de communication et relationnelles
- La maîtrise du français n'est pas requise mais serait un atout
- Un permis de conduire valide est indispensable
Votre qualité de vie à INRAE
En rejoignant INRAE, vous bénéficiez (selon le type de contrat et sa durée) :
- jusqu'à 30 jours de congés + 15 RTT par an (pour un temps plein)
- d'un soutien à la parentalité : CESU garde d'enfants, prestations pour les loisirs ;
- de dispositifs de développement des compétences : formation, conseil en orientation professionnelle ;
- d'un accompagnement social : conseil et écoute, aides et prêts sociaux ;
- de prestations vacances et loisirs : chèque-vacances, hébergements à tarif préférentiel ;
- d'activités sportives et culturelles ;
- d'une restauration collective.
Modalités pour postuler
J'envoie mon CV et ma lettre de motivation
Les personnes accueillies à INRAE, établissement public de recherche, sont soumises aux dispositions du Code de la fonction publique notamment en ce qui concerne l’obligation de neutralité et le respect du principe de laïcité. A ce titre, dans l’exercice de leurs fonctions, qu’elles soient ou non au contact du public, elles ne doivent pas manifester leurs convictions, par leur comportement ou leur tenue, qu’elles soient religieuses, philosophiques ou politiques. > En savoir plus : site fonction publique.gouv.fr