Handicap invisible : Alexis raconte son parcours à INRAE
Reconnaître un trouble DYS, oser en parler, trouver des appuis, continuer à exercer pleinement son métier : ce témoignage raconte une expérience singulière, mais aussi des réalités partagées. Il donne à voir, avec sincérité, ce que change un accompagnement adapté dans la vie professionnelle et dans le regard porté sur le handicap invisible.
Publié le 26 octobre 2026
Alexis a un parcours de 20 ans au sein de l'institut, passant de thésard à directeur de recherche. Son témoignage permet de voir l'évolution de la prise en compte du handicap à l'INRAE. Recruté sur un poste par la voie BOE en 2006, à une époque où l'institut était précurseur, il porte aujourd'hui un regard lucide sur son parcours.
Il affirme que la voie BOE ne doit pas être perçue comme un manque de mérite : « On n'est pas recruté parce qu'on a un handicap, on est recruté parce qu'on est bon. Si on n'était pas à la hauteur, même avec un handicap, on n'est pas recruté, c'est aussi simple que ça. »
L'accompagnement INRAE et les aménagements
Alexis explique qu'en 20 ans, l'aménagement informatique de son poste a été un défi constant. Ce n'est pas un manque de volonté de l'institut, mais souvent une limite technique liée à l'évolution de la technologie : « Depuis 20 ans j'ai pas vraiment été aménagé. Il y a eu beaucoup d'efforts [...] on m’a acheté des logiciels pour que mon ordinateur soit plus puissant, mais c'était jamais à la hauteur, ça marchait pas quoi. » Aujourd'hui, il place ses espoirs dans l'intelligence artificielle pour traduire ses écrits qu'il qualifie avec humour d'« alexiens » (son propre brouillon illisible) : « ChatGPT, c'est simple il marche très bien. Par rapport à mon texte originel en alexien comme je dis, en illisible, lui il se débrouille, c'est impressionnant. »
Cependant, il ne peut pas encore utiliser l'IA pour tout, notamment pour les données sensibles de recherche. Même avec une version payante, les soucis de confidentialité et de sécurité des données l'empêchent de s'en servir pleinement pour son travail de chercheur. Il attend désormais de pouvoir sécuriser cet outil : « J'ai demandé de pouvoir prendre la version payante pour pouvoir y mettre des choses secrètes, enfin mon travail quoi. Et malheureusement ça c'est difficile parce qu'en fait la sécurité n'est pas possible actuellement... Je suis dans l'attente d'une solution européenne sécurisée pour y mettre mon travail. »
Néanmoins celui-ci porte un regard très positif sur le chemin parcouru par l'institut. Car pour lui, la fluidité actuelle n'est pas arrivée par hasard, c'est le résultat d'un travail de fond. Alexis explique que lorsqu'il a commencé, il a dû faire sa thèse en tant que "normal" (sans reconnaissance de handicap). Aujourd'hui, il voit une différence majeure car l'accompagnement est devenu plus efficace car il intervient plus tôt dans le parcours.
Il cite l'exemple de sa thésarde : elle a pu faire ses démarches de Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé (RQTH) dès le début de son parcours, là où lui a attendu des années. Cette anticipation permet aux nouveaux agents d'arriver avec moins d'appréhension : « L'institution travaille bien, tout a été fait pour que les nouveaux soient prêts ». Pour lui, l’institut a su accompagner ce mouvement de société. Il ne voit plus le handicap comme un sujet tabou ou "bizarre", mais comme un élément intégré à la vie de l'unité : « C’est toute la société qui évolue aussi à la même vitesse sur ces problèmes-là. »
Le regard des collègues
Selon lui, le regard des autres change quand on cesse de vouloir "sur-performer" pour cacher ses difficultés : « Il ne faut pas que les nouveaux arrivants essayent de sauter par-dessus [leur handicap]. Moi j'ai fait beaucoup d'erreurs à cause de ça... et je me suis détruit la vie aussi pendant des années à cause de ça et c'est vraiment pas la peine. » Après avoir longtemps dépendu de son directeur d'équipe pour corriger ses mails, il a fini par s'assumer : « J'en suis arrivé à un moment où j'écrivais mes mails de ma façon et je l'envoyais tel quel, sans aucun regret, aucun remord. »
En fonction de ses interlocuteurs, il utilise parfois une stratégie d'affichage pour lever toute ambiguïté sur ses écrits et adapte sa communication : « Je m'excusais en bas de page, mais c'était au cas par cas. Quand je connaissais la personne, je considérais qu'elle était au courant. À partir du moment où on explique qu’on est dyslexique, les gens ne s'arrêtent pas sur les fautes, ils s'arrêtent sur le contenu. »
Aujourd'hui, Alexis transforme son expérience en force de transmission. Il est le directeur de thèse d'une étudiante elle-même dyslexique et il l'encourage à ne pas chercher à prouver deux fois plus que les autres : « Elle est venue me voir, elle m'a dit "il faudra que tu m'excuses parce que je sais pas écrire, je suis dyslexique". Je lui ai dit "Bah tu sais quoi moi aussi". Elle était très heureuse d'avoir un directeur de thèse qui la comprend. Si elle est là, c'est qu'elle est à sa place. »
Alexis conclut sur l'importance de cette diversité cognitive pour la recherche : « La société a besoin de gens qui voient les choses différemment. Mon handicap, c'est pas un "moins", c'est un "plus". C'est l'institution qui travaille bien, c'est toute la société qui évolue aussi à la même vitesse sur ces problèmes-là. Et c'est vraiment très agréable de le voir. »